Bédéphiles #4 : Un oiseau rare refuse la coupure de ses ailes. « As The Crow Flies » de Melanie Gillman

As the crow flies page 23

(c) 2012 – 2016 Melanie Gillman http://www.melaniegillman.com/?p=164

« Beatrice n’était pas seulement une des premi*ères colons de la région, mais aussi sa première féministe! »

Charlie, 13 ans, noire, queer, regarde la voiture de ses parents devenir de plus en plus petite pendant que celle-ci descend la colline et disparaît. Maintenant, elle est seule. Seule dans les montagnes des Rocky Mountains, débarquée dans la colo de vacances chrétienne « Camp Three Peaks » (Trois Sommets), devant elle une semaine de colo randonnée-aventure non-mixte où elle est la seule non-blanche (pense-t-elle) et la seule queer (craint-elle). 

Cette BD explore l’intersectionalité et la difficulté d’une jeune femme de trouver sa place dans un espace officiellement déclaré « féministe » mais qui, pour elle, n’est pas un espace safe mais un lieu qui évoque des sentiments d’angoisse, d’aliénation et de solitude. Timide, intravertie et peu sportive, Charlie a du mal à s’intégrer dans le groupe et à créer des liens avec les autres participantes. De plus, elle est exposée à des réflexions et blagues limites qui expriment l’homophobie, la transphobie, des rôles de genre traditionnels ainsi que l’hétéronormativité, le sexisme et le racisme internalisés pas seulement dans un milieu plutôt chrétien et blanc. 

Malgré son jeune âge, la protagoniste fait preuve d’un degré de réflexion surprenant vis-à-vis les discriminations possibles et réelles, vécues envers sa personne. Intelligente et décidée, elle a des convictions tranchées même si elle n’ose pas toujours les exprimer à haute voix. 

Pendant la semaine de colo, les filles sont censées vivre une expérience de empowerment (encouragement) en suivant littéralement les empruntes historiques des femmes féministes de la région, qui, à l’époque du 19e siècle, établissaient la tradition d’un pèlerinage spirituel non-mixte sur le sommet de la montagne en abandonnant leurs époux et leurs familles pendant la durée de ce pèlerinage… dont s’occupaient celles qui n’avaient pas la chance d’être nées blanches et de pouvoir partir en randonné spirituelle…

as the crow flies page 29

(c) 2012 – 2016 Melanie Gillman http://www.melaniegillman.com/?p=176

Pourrais-je?: – Moi étant une woman of color, je trouve ce langage offensantOu: – De telles métaphores ont été utilisées pendant des siècles afin d’ humilier des gens comme moi – Mais après… – Vous, les enfants minoritaires, vous vous démontez toujours pour un rien – Et… – Il faut que je fasse quelque chose, mais – C’est trop tard. Elle parle de la distribution des sacs à dos. 

Cette BD en ligne, nominée pour le Slate Cartoonist Studio Prize (2013) et un Eisner Award (2014) est fascinante car elle envisage beaucoup de questions importantes à la fois mais il faut de la patience : La BD, dessinée à la main avec des crayons, avance à la même vitesse que Charlie, la jeune protagoniste qui aime s’arrêter devant la nature pour de longs moments pensifs et contemplatifs, qui sont bien traduits par le style cinématographique. Cette randonnée non-mixte est aussi une sorte de voyage initiatique pour elle car elle commence à se découvrir elle-même. Ce ne sont pas seulement ses pieds qui auront parcouru un long chemin après cette expérience d’une jeune femme noire et queer qui cherche sa place dans le monde. 

À lire sous As The Crow Flies
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s